Paris, «fille
de la Seine et du Roi». La
formule dit bien ce qu'ont été
les atouts de la capitale française
: un site-carrefour sur un fleuve, une
île pour constituer un solide
réduit défensif, une familiarité
avec le pouvoir central qui facilita
l'essor politico-religieux, économique
et intellectuel de la cité. Ville
choyée, écrin du pouvoir
politique, Paris fut aussi ville turbulente.
Ses secousses révolutionnaires
imprimèrent souvent leur marque
à l'histoire nationale. Favorisée
par des siècles de centralisation,
la capitale n'a cessé d'accroître
son poids économique et culturel,
au point de créer autour d'elle
ce qu'on a pu appeler le «désert
français».
De Lutèce
aux Capétiens
Le peuple celte des Parisii s'installe
sur les bords de la Seine au IIIème
siècle av. J.-C. Sur une île
du fleuve (l'actuelle île de
la Cité), facile à fortifier,
ils construisent un village : Lutèce.
En 52 av. J.-C., les Parisii répondent
à l'appel de Vercingétorix
; mais leur chef, Camulogène,
est vaincu, et les Romains investissent
la région.
Ces derniers reconstruisent Lutèce,
en l'étendant sur la rive gauche
du fleuve jusqu'au sommet de la montagne
Sainte-Geneviève. Des bâtiments
publics sont élevés
aux IIème et IIIème
siècles après J.-C.
: trois établissements de bains,
dont les thermes de l'actuel musée
de Cluny, un petit théâtre
(emplacement du lycée Saint-Louis),
un amphithéâtre (arènes
de Lutèce). Un aqueduc de 16
km conduit les eaux des sources de
Chilly et de Rungis jusqu'au forum.
L'île abrite sans doute déjà
un
centre administratif
et un lieu de culte, tandis que la
ville gauloise subsiste sur la rive
droite, autour du port de Grève
(à hauteur de l'actuel Hôtel
de Ville), centre de la batellerie
des nautes du Parisis.
Au milieu du IIIème siècle,
sous la pression des invasions barbares,
la ville se replie sur le minuscule
territoire de l'île de la Cité,
fortifié avec les pierres des
édifices ruinés de la
rive gauche.
Dès le IVème siècle,
la ville – que l'on commence
à appeler Paris – renaît
; elle est un temps résidence
impériale sous Julien et Valentinien.
Paris s'affirme aussi comme pôle
de christianisation: son premier évêque,
saint Denis, évangélisateur
des Gaules, y est martyrisé
vers 250.
Lorsque, au Vème siècle,
les Huns puis les Francs déferlent,
les Parisiens encouragés à
la
résistance par
sainte Geneviève ne désertent
pas la ville.
En 508, Clovis, devenu roi chrétien,
y fixe son trône. La faveur
des souverains mérovingiens
et le
triomphe de l'évangélisation
se traduisent par l'édification
de monuments religieux, telle la basilique
des Saints-Apôtres, actuelle
église Sainte-Geneviève.
Résidence privilégiée,
Paris n'est pas encore la capitale,
au sens moderne, d'une monarchie pour
lors trop itinérante.
Orienté vers l'est, l'Empire
carolingien délaisse quelque
peu Paris, qui doit se défendre
contre les invasions normandes du
IXème siècle. En 885-886,
l'évêque Gozlin et le
comte de Paris, Eudes – grand-oncle
d'Hugues Capet –, soutiennent
victorieusement un siège difficile
contre les Normands. Cette résistance
consacre le rôle essentiel du
comte et de l'évêque
face à l'empereur Charles le
Gros.
Le chantier de Philippe
Auguste
Sous les Capétiens, la ville
renaît à partir de la
rive droite, dynamisée par
le commerce fluvial. Le marché
de Grève, sur le port, se développe
au XIème siècle à
l'abri d'une première enceinte
bientôt débordée
par un semis de plus en plus dense
de constructions.
Au XIIème siècle, Philippe
Auguste fait de Paris un vaste chantier,
manifestant, pour la première
fois depuis l'époque gallo-
romaine, un véritable
souci d'aménagement urbain (construction
de la Halle, pavage des voies principales,
multiplication des points d'eau).
À partir de 1190, une nouvelle
enceinte, appuyée sur la forteresse
du Louvre, protège les foyers
de peuplement récents de la rive
droite des attaques anglaises (marché
aux Champeaux et bourg Saint-Germain-l'Auxerrois,
paroisses Saint-Paul et Saint-Nicolas-des-Champs).
La rive gauche, elle aussi emmurée,
s'affirme comme le foyer intellectuel
de la ville avec la création
de l'Université au début
du XIIIème siècle et l'implantation
des ordres mendiants (Jacobins en 1217,
Cordeliers en 1229).
La montagne Sainte-Geneviève,
où affluent les étudiants
et se multiplient les collèges,
accueille les esprits novateurs, tels
Abélard
(1079-1142) ou Thomas
d'Aquin (1225-1274), qui désirent
s'émanciper de la tutelle de
l'évêque et des écoles
du cloître Notre-Dame.
La Cité, enfin, s'affirme
comme le centre du pouvoir politique
et le cœur d'une capitale religieuse
grâce à la construction
de la cathédrale Notre-Dame
(1163-1260), fleuron de l'art gothique.
Les fastes
d'une capitale gothique
La dynastie capétienne transforme
Paris en véritable capitale.
Après Philippe Auguste, Saint
Louis et Philippe le Bel y fixent
les organes du pouvoir : parlement,
Chambre des comptes, Archives, Trésor
et Monnaie du roi.
À l'emplacement des palais
gallo-romain et mérovingien,
un vaste palais royal est érigé
dans la Cité, face à
Notre-Dame.
Capitale royale, Paris n'est pas une
ville comme les autres. Aucune charte
communale, gage d'autonomie urbaine,
ne lui est accordée.
Certaines corporations,
comme la hanse des marchands de l'eau,
acquièrent un rôle politique
certain, mais la cité royale
demeure sous tutelle.
La municipalité et son représentant,
le prévôt des marchands,
doivent en permanence composer avec
le prévôt royal.
La première révolution
parisienne de 1358, vite brisée,
et l'action du prévôt
des marchands Étienne Marcel
illustrent cette tension entre particularisme
urbain et volonté centralisatrice.
L'émeute surgie au cœur
de Paris a engendré la méfiance
des souverains, qui
déplacent leur
résidence vers l'est, sur le
chemin de Vincennes, au bourg Saint-Paul
; celui-ci devient
un foyer d'expansion citadine, avec
une forte implantation aristocratique.
Mais les troubles sociaux, les malheurs
de la guerre de Cent Ans (peste noire,
occupation anglo-bourguignonne de
1411 à 1436, crise économique,
siège de 1429) brisent le dynamisme
de la ville après le milieu
du XIVème siècle. À
la fin du Moyen Âge, de Charles
VII (1422-1461) à Louis
XII (1498-1515), les souverains
préfèrent les résidences
d'un bord de Loire plus doux à
vivre.
Paris
au temps de l'absolutisme triomphant
À partir du XVIème
siècle, Paris connaît
une nouvelle phase de croissance,
tandis que la monarchie s'efforce
de consolider son emprise sur la turbulente
capitale. Nul ne peut être roi
s'il ne tient la ville, comme le souligne
la phrase prêtée à
Henri
IV, quand il abjure le protestantisme
: «Paris vaut bien une messe!».
Lorsque François
Ier décide, en 1528, de
fixer sa résidence officielle
au Louvre, Paris offre encore un aspect
médiéval qui perdurera
dans une large mesure jusqu'au XIXème
siècle. Toutefois, les monarques
successifs laisseront leur empreinte
sur une capitale qui doit contribuer
à leur gloire : l'architecte
Pierre Lescot reconstruit le Louvre
(1547) ; le château des Tuileries,
séjour de la reine Catherine
de Médicis, est commencé
en 1564 par Philibert Delorme. Après
les guerres
de Religion et le siège
de 1594 qui dévaste les faubourgs,
l'élan bâtisseur reprend
sous Henri
IV et Louis
XIII : achèvement du Pont-Neuf
en 1606, construction de la place
Dauphine, commencée en 1607,
et de la place Royale (actuelle place
des Vosges), inaugurée en 1612.
En 1677, Louis
XIV s'installe à Versailles,
qui devient le siège du gouvernement
en 1682. Paris n'est pas délaissé
pour autant : le roi fait édifier
la colonnade du Louvre en 1665-1670
et l'hôtel des Invalides en
1670-1676. Les remparts, devenus inutiles
depuis que Vauban a construit des
fortifications aux frontières
du royaume, sont abattus et remplacés
par des cours plantés d'arbres
et ornés d'arcs de triomphe
(portes Saint-Denis et Saint-Martin)
: les boulevards. La place des Victoires
(1685), centrée sur la statue
équestre du monarque, sert
d'exemple pour l'embellissement des
villes provinciales et illustre la
croissance de Paris vers l'ouest.
La ville se développe en fait
sans réel plan d'ensemble.
Des opérations privées,
purement spéculatives, permettent
la construction de l'île Saint-Louis,
en 1614, et de la place Louis-le-Grand
(future place Vendôme), en 1688.
Les hôtels aristocratiques se
multiplient d'abord à l'est,
puis dans les faubourgs Saint-Honoré
et Saint-Germain.
Paris, siège d'archevêché
depuis 1622, phare de la réforme
catholique, se couvre d'églises
(Saint-Sulpice,
Saint-Roch).
La monarchie tente
de limiter cette fièvre bâtisseuse
à l'intérieur des remparts,
puis d'un périmètre
strictement borné. Mais cette
«guerre des limites»,
menée pour des raisons fiscales
et de sécurité sous
Henri
II (1548-1554), sous Louis
XIII (1638), sous Louis
XIV (1674) et au XVIIIème
siècle encore, est sans cesse
perdue face à l'accroissement
démographique de la capitale.
Les migrants, souvent d'origine septentrionale,
affluent. Pour beaucoup, la ville
offre un espoir d'ascension sociale,
une promesse de secours en temps de
crise. Les autorités cherchent
à contenir ce gonflement inquiétant
de la population flottante («grand
enfermement des pauvres»
et création de l'Hôpital
général, à la
Salpêtrière, en 1656).
La monarchie absolue entend se prémunir
contre les agitations d'une capitale
prompte à s'enflammer, comme
l'avaient montré les troubles
de la Ligue (1588) et les barricades
de la Fronde (1648). Chargé
du maintien de l'ordre, mais aussi
du ravitaillement, de la santé
publique et de la voirie, le lieutenant
général de police devient,
en 1667, le véritable «ministre
de Paris». Il est secondé
par les commissaires des vingt quartiers
de police établis en 1702.
La ville est sous surveillance, la
municipalité sans pouvoir réel.
La ville des Lumières
et de la Révolution
Avec l'installation de la cour à
Versailles, Paris devient le refuge
d'une bourgeoisie condamnée
à singer les manières
des courtisans. À l'inverse,
les pesanteurs de l'étiquette
versaillaise font de la capitale un
espace de liberté de plus en
plus apprécié.
Au cours du XVIIIème siècle,
les salons aristocratiques, fréquentés
par les riches étrangers et
par les «talents» de la
bourgeoisie des Lumières, participent
à la naissance d'un espace
politique autonome et contribuent
à la diffusion de la philosophie
nouvelle.
Après la mort de Louis
XIV, le retour à Paris
de la cour et d'une grande partie
des services administratifs stimule
la croissance de la ville, qui se
développe vers l'ouest : prolongement
des Champs-Élysées en
1724 ; construction de la place Louis-XV
(aujourd'hui place de la Concorde),
en 1755, de l'École militaire
à partir de 1752. La ville,
ainsi marquée par l'urbanisme
royal, voit également s'ériger
au-delà des boulevards (rue
de Provence, rue d'Artois, rue Chauchat...),
vers la plaine Monceau et autour des
Champs-Élysées, de nouveaux
quartiers d'immeubles de rapport.
Toutes ces constructions épargnent
la ville gothique du
centre – ce
reste de «barbarie», selon
le mot de Voltaire –, qui compose,
avec le misérable faubourg
Saint-Marceau et l'industrieux faubourg
Saint-Antoine, le gros du Paris populaire,
de plus en plus agité par les
tensions économiques et sociales
de la fin du siècle, jusqu'à
l'explosion du 14 juillet 1789.
La Révolution confirme le
rôle politique central de Paris,
en raison de la présence des
plus hautes institutions politiques
du pays (l'Assemblée nationale,
le gouvernement) et du dynamisme du
mouvement révolutionnaire,
qui donne les impulsions décisives
aux événements (prise
de la Bastille
le 14 juillet 1789, journées
des 5 et 6 octobre 1789, du 10 août
1792 et du 20 juin 1793).
L'Empire s'inscrit dans la même
tendance centralisatrice et la renforce.
La tradition monarchique est reprise
à double titre.
Toute initiative est ôtée
à la municipalité, qui
est placée sous la tutelle
du préfet de la Seine et du
préfet de police,
vrais agents de la
politique urbaine de l'Empereur.
Paris connaît de nouveaux embellissements:
percement de la rue de Rivoli, achèvement
de la Madeleine, édification
de la façade du palais Bourbon
et des arcs de triomphe de l'Étoile
et du Carrousel.
Mais l'Empire marque aussi, dans le
sillage des idées des Lumières,
les nets progrès d'un urbanisme
utilitaire: construction de quais,
d'égouts, d'abattoirs, de halles
au blé et au vin, numérotation
des maisons, amélioration de
l'adduction d'eau (canal de l'Ourcq).
Enfin, le rôle économique
de Paris est renforcé. La redistribution
des cartes liée à la
naissance du Grand Empire et au Blocus
continental stimule l'industrialisation
de la ville et permet sa constitution
en pôle bancaire et boursier
de premier plan. Capitale politique,
Paris, à l'aube du XIXème
siècle, se prépare à
devenir une importante capitale industrielle,
commerciale et financière.
La refonte nécessaire
de l'urbanisme parisien
La Restauration se montre peu soucieuse
de transformer Paris. Alors que la
croissance de la ville reprend, l'urbanisme
parisien s'avère de plus en
plus inadapté. Les quartiers
du vieux centre sont complètement
congestionnés; les classes
populaires s'y entassent, ainsi que
dans les faubourgs de l'Est. Autour
de la Grève ou à Saint-Merri,
la densité de population atteint
1 000 habitants à l'hectare.
Les déplorables conditions
sanitaires rendent meurtrière
l'épidémie de choléra
de 1832, et entretiennent maintes
endémies (tuberculose). Cette
pauvreté inspire la compassion
d'un Victor Hugo,
et nourrit, chez Vidocq ou Eugène
Sue, par exemple, la peur des «classes
dangereuses».
Mais les visages de ce Paris préhaussmannien
sont contrastés. Le spectacle
des boulevards, où le financier
côtoie la grisette et le rentier
croise le petit employé,
enchante Balzac. Le «beau
monde» se presse plutôt
du côté de l'Opéra
et du boulevard des Italiens.
Avant les bouleversements du Second
Empire, seule la monarchie de Juillet
amorce une timide refonte du tissu urbain.
La rue Rambuteau coupe à travers
le bâti ancien pour relier le
Marais aux Halles, dont on projette
la reconstruction.
Une nouvelle enceinte, dite de Thiers,
édifiée de 1841 à
1845, enferme les communes suburbaines
(la Villette, Belleville, Charonne,
Bercy, Vaugirard, Passy, les Batignolles,
Montmartre...). L'adoption, en 1842,
d'un plan en étoile pour le réseau
ferré national illustre le poids
grandissant du centralisme politique
et économique parisien.
L'œuvre du baron
Haussmann
La révolution de 1848 et la
proclamation du Second Empire mettent
la transformation de Paris à
l'ordre du jour. Les journées
de juin 48 ont montré la nécessité
de mieux quadriller les quartiers
populaires et d'éloigner la
«menace sociale» du centre.
Il convient, enfin, de donner à
Paris le visage d'une véritable
capitale impériale.
Entouré du baron Haussmann,
préfet de la Seine, et des
ingénieurs Belgrand et Alphand,
Napoléon III décide
la refonte totale du bâti parisien
sans hésiter à éventrer
le «vieux Paris»; l'île
de la Cité est ainsi presque
totalement rasée. Une caserne
monumentale (l'actuelle préfecture
de police) et l'Hôtel-Dieu y
sont installés.Les percées
haussmanniennes, facilitées
par une nouvelle procédure
d'expropriation, soulignent l'axe
est-ouest (prolongement de la rue
de Rivoli jusqu'à la rue Saint-Antoine)
et dessinent un axe nord-sud bien
marqué (boulevard de Sébastopol,
place du Châtelet, boulevard
Saint-Michel).
Les Halles sont reconstruites
: les pavillons Baltard constituent
l'un des fleurons de l'architecture
métallique. Un contexte d'expansion
économique et industrielle
facilite la réalisation de
ces multiples projets, qui s'inspirent,
pour la plupart, de réflexions
urbanistiques de l'époque des
Lumières.
On se soucie d'agrément, avec
l'aménagement de nombreux espaces
verts (bois de Boulogne et de Vincennes,
parc Monceau, Buttes-Chaumont), mais
aussi de salubrité, avec la
construction de plusieurs centaines
de kilomètres d'égouts,
l'amélioration du système
de distribution de l'eau pure (captage
des sources de la Dhuys et de la Vanne),
la généralisation des
trottoirs asphaltés.
Ce nouveau paysage parisien, qui attire
le regard des peintres (Monet, Renoir,
Pissarro, Béraud, Caillebotte),
naît dans une atmosphère
de spéculation fébrile,
stigmatisée par Zola (la Curée,
Au bonheur des dames).
Mais le Paris d'Haussmann est aussi
celui d'une ségrégation
sociale radicale. Le rattachement
à la capitale des communes
suburbaines, englobées dans
l'enceinte Thiers, n'entraîne
pas leur modernisation.
Au centre rénové,
dédié à la gloire
d'une bourgeoisie d'affaires conquérante,
s'opposent les quartiers périphériques,
industrialisés et à
l'habitat médiocre.
Une sorte de «cordon sanitaire»,
symbolisé par les casernes
de la place de la République,
en bordure du faubourg du Temple,
sépare beaux quartiers et quartiers
populaires.
Des tensions sociales, aggravées
par les souffrances du siège
de 1870, par l'humiliation de la défaite
et par la déliquescence des
pouvoirs publics, explosent au printemps
1871, lors de la Commune
de Paris.
La ville souffre alors gravement des
combats et des incendies (destruction
des Tuileries, de l'Hôtel de
Ville), tandis que la féroce
répression de la Semaine sanglante
brise définitivement le mouvement
révolutionnaire parisien.
Restent un mythe, prêt à
renaître de ses cendres (lors
du Front populaire ou en mai 1968),
et une réalité.
Le Paris de la IIIème République
est équilibré par les
provinces plus conservatrices.
De Paris-capitale
à l'agglomération parisienne
À partir du XIXème
siècle, le pouvoir d'attraction
de Paris ne cesse de se renforcer.
Progressivement, en attirant ou en
refoulant population et activités,
les évolutions de l'agglomération
parisienne influencent l'organisation
spatiale du pays.
Dans la seconde moitié du
XIXème siècle et au
début du XXème siècle,
la croissance de Paris bénéficie
des apports de toutes les provinces
françaises, de mieux en mieux
desservies par le chemin de fer.
En 1901, près de 60 % des Parisiens
sont nés en province.
Les nouveaux arrivants, parmi lesquels
de forts contingents bretons et auvergnats,
s'installent dans les quartiers périphériques
et,
de plus en plus, dans
les communes de banlieue. Petit à
petit et jusqu'à nos jours,
les banlieusards se font plus nombreux
que les Parisiens : leur nombre est
multiplié par seize entre 1860
et 1990, quand la population de Paris
n'augmente que de 35 %.
À la fin du XXème siècle,
la population de la ville de Paris
reste stable avec 2 125 246 habitants
[1999] et celle de l'agglomération
atteint 10 561 570 habitants [1999],
alors que les zones situées
à une quarantaine de kilomètres
continuent leur expansion. L'essaimage
de la population en banlieue a progressivement
grignoté les espaces ruraux.
Dès le début du XXème
siècle, le long des axes de
communication, des voies ferrées,
de la vallée de la Seine, s'implantent
des usines, des entrepôts et
des aménagements dévoreurs
d'espace, tandis que les cités
ouvrières, les lotissements
individuels et, après 1945,
les grands ensembles se multiplient.
Les différents visages d'une
banlieue toujours plus lointaine (plus
de 12 000 km² pour l'agglomération
de nos jours) reproduisent les contrastes
parisiens : périphéries
résidentielles
verdoyantes à l'ouest, communes
populaires et industrielles au nord
et à l'est. L'attirance pour
l'agglomération parisienne
faiblit pourtant à la fin des
années 1960.
Avec un solde migratoire négatif
depuis 1975, la croissance de la Région
résulte désormais du
seul accroissement naturel d'une population
essentiellement composée d'actifs,
où les jeunes sont moins nombreux
que dans l'ensemble du pays.
Les prix élevés de l'immobilier,
surtout dans Paris, et le fort pourcentage
de femmes qui travaillent pèsent
sur le taux de natalité.
Et, à l'âge de la retraite,
près d'un Parisien sur deux
retrouve ses attaches provinciales
ou s'installe dans les régions
plus ensoleillées du Midi.
La démesure
parisienne
La concentration de la population
a imposé de multiples travaux
d'équipement.
Dès la fin du XIXème
siècle, la modernisation de
la capitale se traduit par l'installation
de réseaux de distribution
d'eau et de gaz («eau et
gaz à tous les étages»),
et bientôt d'électricité,
et par la mise en place d'un système
de collecte des ordures ménagères
sous l'égide d'Eugène
René Poubelle, préfet
de la Seine de 1883 à 1896.
La question des transports se révèle
vite cruciale : le chemin de fer métropolitain,
inauguré en 1900, n'a cessé
de se développer depuis, au
point de toucher à présent
la proche banlieue (Saint-Denis, Villejuif,
Créteil).
La modernisation de
la voirie (achèvement au début
du siècle des percées
prévues par Haussmann, boulevards
périphériques, voies
sur berge et voie express construites
dans les années 1970) parvient
péniblement à absorber
une gigantesque circulation automobile.
Les difficultés de circulation
sont d'ailleurs emblématiques
des problèmes d'aménagement
que connaît l'agglomération.
Chaque jour les migrations pendulaires
concernent des millions de personnes,
écartelées entre leur
résidence et leur lieu de travail.
Le développement coûteux
des infrastructures de transport (extension
du réseau RER, développement
autoroutier) suit difficilement le
rythme de l'urbanisation. Depuis 1964,
le SDAU de la région parisienne,
révisé plusieurs fois,
tente d'apporter une réponse
d'ensemble. Il s'agit, d'une part,
de freiner la croissance démographique
parisienne en organisant une meilleure
répartition des activités
dans l'espace national et, d'autre
part, de créer de nouveaux
pôles d'urbanisation dans la
Région Île-de-France.
Aujourd'hui, le bilan reste mitigé.
La polarisation des
principales activités de commandement
reste un fait majeur en dépit
de l'amorce d'une décentralisation
des services et des administrations.
La concertation est difficile entre
les divers intervenants régionaux
(la Région et l'État,
la Ville de Paris et l'État,
les communes entre elles) comme le
montrent les débats sur le
«Grand Paris» (étendu
aux communes limitrophes) ou sur les
mesures de péréquation
fiscale entre communes riches et communes
pauvres.
On peut enfin s'interroger sur la
vocation de cette Région-capitale.
Sa puissance doit-elle être
tempérée et encadrée
afin d'obtenir un développement
équilibré de l'espace
français? Au contraire, la
construction de l'Europe n'oblige-t-elle
pas à faire de Paris un pôle
à l'échelle de l'Union?