Le réseau des canaux de la Ville
de Paris s'étend sur 130 km. Mis en
place au cours du XIXème siècle
à l'initiative de Napoléon,
il était destiné à alimenter
la capitale en eau potable et à faciliter
son approvisionnement en marchandises.
À la tête du dispositif, le canal
de l'Ourcq, achevé en 1821, sur lequel
se connecte celui de Saint-Denis en aval du
parc de la Villette.
En aval du grand bassin de la Villette, le
canal Saint-Martin rejoint la Seine au niveau
du port de l'Arsenal.
Le pont levant de la rue de Crimée
a remplacé en 1885 un pont tournant
qui n'était plus adapté à
l'accroissement du trafic sur le
canal et c'est
un véritable spectacle que d'assister
au manœuvrement de ce pont hydraulique
(il fonctionne grâce à la pression
de l'eau). La modernisation et l'automatisation
au XXème siècle n'ont pas altéré
la beauté de cet ouvrage d'art, ses
colonnes en fonte et ses grandes roues.
En quittant le pont levant, un détour
peut s'imposer par la charmante place de Bitche,
à l'ambiance très provinciale,
avec l'église néoflorentine
Saint-Jacques-Saint-Christophe de la Villette,
élevée en 1843 par Lequeux et
restaurée en 1930. Tout près
du pont levant, sur la rive gauche du bassin
de la Villette, l'un des deux entrepôts
des Magasins généraux du XIXème
siècle subsiste encore. Utilisé
jusqu'au début des années 1980,
on y stockait des denrées aussi variées
que le sucre ou le grain.
Le bassin de la Villette a été
inauguré le 2 décembre 1808
par Napoléon 1er. Il est vite devenu
un lieu de promenade, vocation qu'il a retrouvée
récemment avec le réaménagement
de ses berges (la chaîne de cinéma
MK2 y a même ouvert un complexe).
Long de 700 m, large de 70 m et profond de
2,50 m, ce bassin accueille les adeptes de
l'aviron et du canoë kayak, comme ceux
de la navigation de plaisance
L'extrémité méridionale
du bassin de la Villette est fermée
par des entrepôts, dont les charpentes
métalliques proviennent d'un pavillon
de l'Exposition universelle de 1878 .
Œuvre du célèbre architecte
Claude Nicolas Ledoux, la rotonde de la Villette
a été édifiée
en 1784 et constituait l'un des 54 édifices
d'octroi prévus pour ouvrir le mur
des Fermiers généraux décidé
par le roi.
Ledoux s'est fortement inspiré de l'architecture
antique. Quatre de ces barrières ou
octrois subsistent dans Paris : la rotonde
de Monceau, la barrière du Trône
(Nation), celle de Denfert-Rochereau (actuelle
entrée des Catacombes)
et la rotonde de la Villette. Cette dernière,
inspirée de la Rotonda de Vicence élevée
par Palladio, est devenue depuis 1959 le siège
de la commission du Vieux-Paris, et domine
aujourd'hui une esplanade dégagée
face au bassin de la Villette. L'édifice
a été restauré dans le
cadre de la rénovation générale
du quartier.
Le creusement du canal Saint-Martin a été
réalisé entre 1822 et 1825 dans
le prolongement de celui de l'Ourcq. Longtemps
drain d'une zone d'activité industrielle
et commerciale, le canal a changé d'aspect
ces dernières années avec le
réaménagement de ses rives pour
la promenade, après avoir failli bel
et bien disparaître en 1963 au profit
d'un vaste aménagement routier (axe
Nord-Sud), projet définitivement abandonné
en 1971.
Le canal mesure 4,5 km de long et franchit
une dénivellation de 25 m grâce
à neuf écluses. Il atteint une
largeur de 27 m (16 à 24 m dans les
parties couvertes) et sa profondeur moyenne
est de 2,2 m.
Le quai de Jemmapes suit le bassin courbe
des Récollets.
Le square Eugène-Varlin, avec ses platanes
et ses érables, s'étend autour
des troisième et quatrième écluses,
dites des Morts, que l'on peut voir depuis
le haut du pont qu'il faut emprunter pour
rejoindre le quai de Valmy.
Le square Villemin est le vestige d'un domaine
où s'élevait jusque dans les
années soixante-dix un hôpital
militaire (entrée au 13, rue des Récollets).
Quelques arbres remarquables (mûrier
blanc, sophora, hêtre pleureur, sorbier
des oiseleurs) agrémentent ce jardin
de 1,6 ha ouvert en 1977, havre de verdure
dans un arrondissement très urbanisé
à deux pas de la gare de l'Est.
Une passerelle nous ramène sur le quai
de Jemmapes.
Le square des Récollets encadre les
cinquième et sixième écluses.
Il doit son nom au couvent qui occupait le
vaste domaine de l'hôpital Villemin.
Au 102, quai
de Jemmapes, ne subsiste que la façade
du célèbre hôtel du
Nord, immortalisé par le film du
même nom réalisé par
Marcel Carné en 1938.
On se souvient d'Arletty apostrophant Louis
Jouvet sur une passerelle franchissant le
canal «Atmosphère!
») : l'action de ce film, qui a inscrit
le canal Saint-Martin à tout jamais
dans la mémoire collective, avait
pourtant été tournée
dans un grand studio de banlieue!
Le pont tournant de la Grange-aux-Belles
que nous voyons fonctionner aujourd' hui
est en fait l'ancien pont de Crimée
qui fut remplacé en 1885 par l'actuel
pont levant à crémaillère.
Télécommandé par l'éclusier,
le pont tourne sur un axe vertical.
Quelques minutes d'arrêt au passage
d'une péniche s'imposent pour voir
fonctionner un deuxième pont tournant,
celui de .. ... la rue Dieu.
En grimpant sur la passerelle de la Douane,
le promeneur découvre l'un des paysages
les plus pittoresques du canal Saint -Martin.
Le deuxième tronçon de notre
itinéraire commence place de la République
et nous permet de rejoindre la Bastille
et le port de l'Arsenal.
Le square Frédérick-Lemaître
livre des vues uniques sur les septième
et huitième écluses du Temple.
Le square restauré abrite l'ancien
kiosque du gardien. En aval, le canal Saint-Martin
disparaît sous la voûte du Temple,
qui supporte le boulevard Jules-Ferry depuis
1906. Le canal suit dès lors un ancien
lit de la Seine.
Entre 1859 et 1862, Belgrand réalise
la couverture du canal Saint-Martin et aménage
le boulevard Richard-Lenoir avec une promenade
ponctuée initialement de 15 squares.
La promenade Richard-Lenoir s'étend
aujourd'hui sur 1,8 km (5 400 m²)
et résulte d'une opération
de rénovation des aménagements
haussmanniens, entre 1993 et 1996, dans
une optique résolument moderne. S'y
succèdent aussi les 37 ouvertures
nécessaires à l'aération
du canal souterrain.
Le bassin de l'Arsenal occupe depuis 1806
l'emplacement d'une partie des anciens fossés
de la Bastille. Au débouché
du parcours souterrain du canal Saint-Martin,
ce bassin de 544 m de long (70 m de large
au centre) a été réaménagé
en 1983 : le port de plaisance de Paris
Arsenal compte 200 postes d'amarrage, ce
qui en fait le premier port de tourisme
fluvial en France. Un jardin en terrasse
de 1 ha a été aménagé
sur la rive gauche : on peut s'y délasser
parmi de magnifiques rosiers ou se promener
le long d'un mail ombragé. La
Jeune Femme accroupie est une œuvre
d'Henry Arnold (1983).
La passerelle Mornay, construite en fer
(1895), permet de franchir le bassin. L'écluse
de l'Arsenal est la neuvième et dernière
écluse du canal Saint-Martin qui
rejoint la Seine un peu en aval.