À l'origine
du quartier des Halles, un lieu-dit nommé
Les Champeaux (ou petits champs)
où Philippe Auguste décida
de faire construire en 1183 deux bâtiments
qui furent vite baptisés Les
Halles. Elles sont rebâties au
XVIème siècle par Henri
II. À partir de 1854, Victor
Baltard fait élever les fameux pavillons
métalliques: en 1912, dix pavillons
se dressent ayant chacun leur propre destination.
En 1936, après l'adjonction de deux
pavillons, l'ensemble s'étend sur
4 ha. C'est le «Ventre de Paris»
cher à Zola avec ses caractères
si particuliers et sa faune pittoresque,
dont ces forts des Halles regroupés
en une corporation dont l'existence remontait
à Saint Louis! Pourtant, en 1962,
les Halles sont trop à l'étroit
dans un Paris de plus en plus encombré
: en 1969, elles déménagent
à Rungis. Le quartier est réaménagé
et les pavillons sont détruits à
l'exception de deux survivants, celui réinstallé
à Nogent-sur-Marne et un autre transporté
à Yokohama au Japon. En 1973, dans
le trou des Halles, Marco Ferreri tourne
Touche pas à la femme blanche,
western mythique construit autour de Deneuve
et Mastroianni. Depuis, le trou s'est comblé
: conçu par Vasconi et Penchreach,
le forum des Halles a été
inauguré en 1979 et se présente
comme une ville souterraine sur quatre niveaux,
avec des rues, des galeries, des commerces,
des restaurants et des cinémas.
Jusqu'au pied de l'église Saint-Eustache,
les jardins des Halles s'étendent
sur près de 5 ha : aménagés
sur dalle depuis 1988 par François-Xavier
Lalanne, ils couvrent le forum et offrent
aux promeneurs un vaste choix de plantes
grimpantes qui s'accrochent aux arcades
et aux tonnelles, des milliers d'arbustes
et des centaines d'arbres.
Les travaux ont permis de mettre en valeur
l'église Saint-Eustache en la dégageant
des constructions environnantes; on peut
désormais contempler l'une des plus
belles et des plus grandes églises
de Paris. Si sa première pierre fut
posée en 1532, il faut attendre plus
d'un siècle pour la voir achevée
(1637). Saint-Eustache en impose par ses
dimensions : 88 m de long, 43 m de large,
33 m de haut. L'élan gothique est
toujours là (arcs-boutants), malgré
une façade classique ajoutée
au XVIIème siècle. À
la suite d'un incendie en 1840, elle fut
restaurée par Victor Baltard, le
futur architecte des halles voisines. On
peut mesurer l'ampleur du vaisseau en visitant
l'intérieur et admirer ses décors
Renaissance : elle fut le théâtre
de nombreux événements comme
les baptêmes de Molière et
de Richelieu, la première communion
de Louis
XIV, le mariage de Lulli ou les funérailles
de La Fontaine et de Colbert; ce dernier,
bienfaiteur de l'église, y repose
sous un monument dessiné par Le Brun
et sculpté par Coysevox.
La Bourse du Commerce est l'ancienne halle
au blé construite entre 1765 et 1768
par Le Camus de Mézières sur
l'emplacement de l'hôtel de Soissons,
dont on peut encore voir la colonne de l'Horoscope.
Cet édifice circulaire fut remanié
en 1810 avec la construction d'une splendide
coupole métallique par Bélanger.
La Bourse du Commerce s'y installa en 1885.
Non loin de là, la place du Châtelet
est le cœur géographique de
Paris. Jadis, s'y trouvait le Grand Châtelet,
une forteresse élevée par
Louis VI le Gros vers 1130, plusieurs fois
remaniée au fil des siècles,
connue un temps pour ses sinistres cachots
et rasée entre 1802 et 1806. Autour
de la célèbre fontaine élevée
en 1806 par Bralle, deux théâtres
monumentaux dans un style néorenaissance
construits par Davioud en 1862 se font face
: celui du Châtelet, actuel Théâtre
musical de Paris, propose une salle de 2
010 places.
Quant au théâtre de la Ville,
il fut la propriété de l'actrice
Sarah Bernhardt dès 1899 qui y créa
L'Aiglon d'Edmond Rostand.
Une plaque rappelle que le malheureux poète
Gérard de Nerval fut retrouvé
pendu à l'aube du 26 janvier 1855
à une grille de la rue Vieille-Lanterne
à l'endroit même où
se trouve aujourd'hui la scène du
théâtre...
La tour Saint-Jacques, dominant du haut
de ses 52 m un petit square, est le seul
vestige de l'église Saint-Jacques-la-Boucherie
construite sous le règne de François
1er et détruite vers 1797. La
tour, édifiée dans le style
gothique flamboyant entre 1509 et 1523 par
Jean et Didier de Felin, abrite une station
météorologique depuis 1891.
Dans le square aménagé en
1853, quelques arbres remarquables dont
un févier, un magnolia et des oliviers
de Bohême. Ils entourent une statue
de Blaise Pascal (1623/1662), signée
Cavelier : Haussmann voulait ainsi rendre
hommage au mathématicien, physicien
et philosophe bien connu, qui aurait pratiqué
des expériences barométriques
en cet endroit vers 1648.
L'église gothique Saint-Gervais-Saint-Protais,
commencée en 1494, n'a été
achevée qu'en 1620, année
où elle reçut la première
façade classique de Paris avec ses
trois niveaux où se superposent les
styles dorique, ionique et corinthien. Le
vaisseau est éclairé par de
magnifiques vitraux des XVIème et
XVIIème siècles. Elle abrite
les orgues les plus anciennes de Paris,
qui furent tenues de 1656 à 1826
par la célèbre dynastie des
Couperin.
L'église Saint-Merri se dresse sur
l'emplacement d'un sanctuaire dédié
à saint Pierre déjà
réputé au VIIème siècle
et rebâti au XIIème siècle.
L'actuel édifice résulte d'une
troisième reconstruction dans le
style gothique flamboyant entamée
à partir de 1520. Une restauration
intérieure eut lieu au cours des
XVIIIème et XIXème siècles
(peintures murales) : on peut y admirer
ainsi des tableaux de valeur signés
Chassériau, Van Loo ou Simon Vouet.
La petite tourelle abrite la plus ancienne
cloche de Paris (1331).
La place Igor-Stravinski est constituée
d'une dalle qui recouvre l'IRCAM, animé
depuis 1976 par Pierre Boulez. On peut y
voir depuis 1983, au milieu d'un bassin
en acier inoxydable de 33 m sur 17 m, une
création de Jean Tinguely et Niki
de Saint Phalle rassemblant une quinzaine
de sculptures animées rendant hommage
au créateur de L'Oiseau de feu.
La Bourse du Commerce a remplacé
le vieil hôtel de Soissons construit
pour Catherine
de Médicis par Jean Bullant,
dont l'unique vestige est la colonne astrologique
élévée en 1572 : haute
de 31 m, avec un escalier intérieur
de 147 marches conduisant à un petit
campanile, elle était devenue un
observatoire pratique pour Ruggieri que
Catherine
de Médicis, superstitieuse et
passionnée d'astrologie, avait fait
venir d'Italie.
Les amateurs de vieilles demeures se
rendront rue de Montmorency. Ils y verront
au n° 51 la plus vieille maison de Paris,
bâtie en 1407 et habitée par
le célèbre écrivain
public Nicolas Flamel (1330/1418) qui devait,
selon la légende, sa colossale fortune
à ses talents d'alchimiste.
Mais l'homme qui était censé
transformer le plomb en or est resté
dans les mémoires par l'étendue
considérable de ses largesses enversles
pauvres et les démunis.