Gaston Leroux (1868/1927),
l'auteur du Mystère de la chambre
jaune, n'eut aucune peine à créer
le personnage du fantôme de l'Opéra
et à le faire évoluer dans
le dédale des couloirs et des escaliers
du vaste édifice. Lorsqu'un squelette
fut découvert en 1907, il ne pouvait
s'agir que de celui du fantôme.
L'Opéra, construit entre 1862 et
1875 par Charles Garnier, demeure le monument
qui symbolise à lui seul le second
Empire. À l'origine, il y eut le
souhait de Napoléon III de construire
un nouvel opéra suite à l'attentat
raté d'Orsini à son encontre
le 14 janvier 1858 près de la salle
Le Pelletier. Le nouvel opéra devait
par conséquent être édifié
dans un endroit dégagé, facile
à surveiller. Alors âgé
de 35 ans et peu connu, Charles Garnier
remporta le concours face à des dizaines
de candidats (dont Viollet-le-Duc) et décida
d'ériger un «monument à
l'art, au luxe, au plaisir».
La première pierre fut posée
le 21 juillet 1862, après de longs
travaux de consolidation d'un sous-sol plutôt
instable. Il fut inauguré le 5 juillet
1875 par Mac-Mahon. L'édifice est
un majestueux mélange baroque et
Renaissance aux dimensions imposantes :
172 m de côté et 101 m de large
; l'ensemble s'étend sur 11 000 m².
Sa remarquable façade abrite une
profusion de sculptures dont un ensemble
signé Carpeaux intitulé la
Danse, œuvre qui eut quelques soucis
avec les puritains de l'époque et
dont l'actuelle représentation est
une copie réalisée par le
sculpteur Paul Belmondo en 1964. À
l'intérieur, passés les vestibules,
il faut admirer l'escalier d'honneur avec
ses marbres de couleurs et ses riches décors,
et le grand foyer. La salle rouge et or
peut accueillir 2 130 spectacteurs : cinq
étages de loges dominent une scène
à l'italienne (52 m de largeur, 60
m de hauteur et 37 m de profondeur), sous
un plafond réalisé par Chagall
en 1964, œuvre représentant
neuf ballets et opéras et plaquée
sur le plafond d'origine de Lepneveu. La
bibliothèque-musée de l'Opéra,
dans le pavillon de l'Empereur, évoque
le patrimoine des siècles passés
: dessins de décors ou de costumes,
maquettes, sculptures et peintures. Elle
conserve, en outre, les partitions des œuvres
jouées à Paris depuis 1669.
Ce quartier de Paris est celui des Grands
Magasins devenus, plus de cent ans après
leur implantation, de véritables
monuments historiques qui se visitent au
même titre que l'Opéra, Notre-Dame
ou la tour Eiffel. Au n° 40 du boulevard
Haussmann, le magasin des Galeries Lafayette
s'est développé à partir
d'une modeste boutique ouverte en 1895 et
située au coin des rues La-Fayette
et de la Chaussée-d'Antin. L'ensemble
a été bâti à
partir de 1906 et agrandi en 1910 et s'étend
aujourd'hui sur 120 000 m². Hormis
sa façade de 1910, le magasin a conservé
sa magnifique coupole à vitraux.
Au n° 64, le magasin du Printemps a
été fondé en 1865 par
un ancien employé du Bon Marché.
L'immeuble actuel a été reconstruit
par Paul Sédille (magnifique façade
de 1889) et un deuxième magasin a
été bâti en 1907.
Dominant le petit le square d'Estienne-d'Orves,
ses haies de charmes et ses pterocaryas
du Caucase (l'un d'entre eux est âgé
de plus de120 ans et présente une
circonférence de 2,90m), l'église
de la Sainte-Trinité fut construite
par Théodore Ballu entre 1861 et
1867 et frappe d'abord par son imposante
façade inspirée de la Renaissance
italienne, avec ses niches, ses pilastres
et son campanile haut de 65 m.
La symbolique architecturale s'y développe
autour du mystère de la Trinité,
soit un seul dieu en trois personnes (le
Père, le Fils et le Saint-Esprit).
Cette église en impose aussi par
ses dimensions : 90 m de longueur, 34 m
de largeur et 30 m de haut. À l'intérieur,
un vaisseau ample, le chœur surélevé
flanqué de dix colonnes en stuc vert,
des chapelle latérales richement
décorées et un grand orgue
de Cavaillé-Coll inauguré
le 16 mars 1869, dont le compositeur Olivier
Messiaen fut le titulaire pendant soixante
et un ans !
Le beau théâtre Mogador (n°
25, rue de Mogador) a été
construit en 1919 sur le modèle du
Palladium de Londres. Sa programmation est
plutôt éclectique : music-hall,
opérettes, spectacles de variétés.
Maurice Chevalier s'y produisit jadis et
Jacques Higelin plus récemment.
L'ensemble constitué par l'église
Saint-Louis-d'Antin et le lycée Condorcet
s'inscrit dans un quartier dédié
au tout-puissant commerce (Monoprix, Printemps,
Passage du Havre). En 1779, Louis
XVI ordonne aux capucins de quitter
le quartier Saint-Jacques pour s'installer
dans ce nouveau quartier en expansion mais
sans lieu de culte. De 1781 à 1783,
Brongniart construit le couvent dans le
respect de l'austérité prêchée
par cet ordre religieux mendiant. En 1802,
la chapelle devient l'église paroissiale
de Saint-Louis-d'Antin et le couvent est
transformé en lycée l'année
suivante. Les Goncourt, Marcel Proust, Paul
Verlaine, Stéphane Mallarmé
et Eugène Sue, entre autres, en furent
les élèves les plus connus.
Le Guide de Paris mystérieux
nous en dit plus sur les macabres recherches
menées par Louis XVIII pour retrouver
les restes de son frère Louis
XVI et de sa belle-sœur Marie-Antoinette.
Dénués de nos méthodes
modernes d'investigation, les chercheurs
de l'époque eurent bien du mérite
à faire le tri. On raconte ainsi
que les présumés restes de
Louis
XVI n'étaient autres que ceux
de Hanriot, l'un des révolutionnaires
les plus vindicatifs ! Quant à ceux
de Marie-Antoinette, ils furent identifiés
sans peine, grâce à des fragments
de bas que la malheureuse portait à
la Conciergerie.
La gare Saint-Lazare fut la première
gare parisienne : en 1837, un embarcadère
en bois situé vers la place de l'Europe
marque le terminus de la ligne de chemin
de fer Paris - Le Pecq (le train atteindra
Saint-Germain-en-Laye dix ans plus tard).
Une première vraie gare est construite
en 1851 et se distingue par ses halles métalliques
réalisées par Eugène
Flachat, qui inspireront plus tard un certain
Victor Baltard. L'actuelle gare a été
construite de 1885 à 1887 par Juste
Lisch et remaniée plusieurs fois
(1930, 1980). En 1985, deux statues d'Arman
furent installées : l'Heure pour
tous dans le cours du Havre et Consigne
à vie dans le cours de Rome.
Par la volonté de Louis
XVIII, la Chapelle expiatoire fut construire
par Fontaine, entre 1815 et 1826 à
la mémoire de Louis
XVI et de Marie-Antoinette dans un petit
square qui marquait l'emplacement de l'ancien
cimetière de la Madeleine. Ouvert
en 1720, il accueillit notamment les 133
victimes du feu d'artifice du 30 mai 1770
tiré en l'honneur du mariage du Dauphin
Louis et de Marie-Antoinette... Ces deux
derniers figuraient parmi les 3 000 victimes
de la Révolution enterrées
ici : les gardes suisses tués aux
Tuileries le 10 août 1792, Philippe
Égalité, Danton, Lavoisier,
Camille et Lucile Desmoulins, etc. Surchargé,
il est fermé en 1794. En janvier
1815, Louis
XVIII fait identifier les restes de
Louis
XVI et de Marie-Antoinette et ordonne
leur transfert à Saint-Denis. Parallèlement,
il décide la construction de cet
édifice, bel exemple de néoclassicisme
tardif : un vestibule s'ouvre sur l'enclos
où sont alignés quelques tombeaux.
La chapelle en elle-même est ornée
de nombreuses sculptures réalisées
par Bosio, Cortot, Gérard et Plantar.
Deux escaliers mènent à la
crypte où l'on voit le cénotaphe
du roi placé à l'endroit où
furent retrouvés les restes présumés
de ce dernier. La chapelle se dresse dans
le beau square Louis-XVI où marronniers,
érables et platanes souvent séculaires
dispensent leur ombrage.
L'aménagement de la rue Édouard-VII
a eu lieu au cours du XXème siècle,
peu de temps après l'achèvement
du boulevard Haussmann, au cœur d'une
opération immobilière lancée
en 1911. Le théâtre Athénée,
construit en 1896, a été baptisé
du nom de son plus célèbre
occupant : Louis Jouvet en avait pris la
direction en 1934 et lui donna ses lettres
de noblesse. Plus bas, le théâtre
Edouard-VII a pris en 1984 le nom de Sacha
Guitry qui y avait créé Désiré
en 1927.
L'Olympia a bien failli disparaître
dans la tourmente d'une opération
immobilière commanditée par
une grande banque... Le music-hall le plus
célèbre de Paris, longtemps
dirigé par Bruno Coquatrix, a vu
défiler toutes les gloires de la
variété française et
internationale : Sardou, Halliday, Delpech,
Renaud, Sheller, Nougaro, mais aussi les
Beatles et les Rolling Stones. Déplacé
et reconstruit à l'identique, il
a réouvert ses portes le 13 novembre
1997.
À l'instar du Panthéon, la
Madeleine a une histoire longue et complexe
et connut une certaine incertitude quant
à sa vocation : temple profane élevé
à la gloire de la Grande Armée
ou édifice sacré voué
au culte religieux ? La première
pierre de la Madeleine est posée
le 13 août 1764 : les plans ont été
signés par Pierre Contant d'Ivry.
Alors que la future église est à
peine ébauchée, Napoléon
décide en 1806 d'élever à
la place un temple à la gloire de
ses soldats. Le projet est mené à
bien par Vignon puis achevé par Jean-Jacques
Huvé. Une loi du 3 mars 1842 cède
l'édifice fraîchement terminé
au clergé qui en fait dès
lors l'église de la Madeleine. Elle
n'a rien d'une église classique :
ce temple antique avec ses 52 colonnes corinthiennes
hautes de près de 20 m et son splendide
fronton sculpté par Lemaire (Le
Jugement demier) étonne surtout
par ses dimensions : 108 m de long, 43 m
de large, 30 m de haut ! On remarque aussi
les portes monumentales en bronze pesant
près de 3 tonnes et ornées
de bas-reliefs d'Henri de Triqueti. L'ample
vaisseau unique de 80 m de long est éclairé
par trois coupoles et le statuaire a été
réalisé par les meilleurs
artistes de l'époque : Rude, Pradier,
Barye... La fresque de la voûte du
chœur est une œuvre de Jules Ziegler
(1838). L'église domine la place
de la Madeleine : située au cœur
d'un quartier de commerce et d'affaires,
dans l'axe de la Concorde, elle marque le
point de départ des Grands Boulevards.
Elle est, en outre, réputée
pour être le fief de l'épicerie
fine parisienne avec les magasins Hédiard
et Fauchon.
L'église Notre-Dame-de-l'Assomption
a été bâtie entre 1670
et 1676 et surprend de l'extérieur
par la disproportion de son dôme imposant
qui écrase la construction. Construite
sur un plan circulaire selon le modèle
des églises romaines, elle se singularise
par le décor de sa coupole de 24
m de diamètre réalisé
par Charles de La Fosse. Cette ancienne
chapelle du couvent des Dames-de-l'Assomption
fut l'église paroissiale du quartier
jusqu'en 1840, année de l'achèvement
de la Madeleine, avant d'être affectée
à la Communauté polonaise
de Paris à partir de 1850. On y célébra
les funérailles de La Fayette en
1834 et de Stendhal en 1842.
La place Vendôme se présente
sous la forme d'un vaste rectangle à
pans coupés de 213 m de longueur
sur 124 m de largeur, soit une superficie
de 20 000 m². Son plan fut dessiné
par Jules Hardouin-Mansart et sa construction
réalisée entre 1686 et 1720
: une statue du Roi-Soleil trôna en
son centre jusqu'à son renversement
le 16 août 1792. La colonne que l'on
voit aujourd'hui eut un destin assez particulier
: par la volonté de Napoléon
1er qui voulait rendre hommage à
la Grande Armée suite à son
triomphe à Austerlitz, elle fut réalisée
à partir de 1806 par Lepère
et Gondouin, grâce à la fonte
de pièces d'artillerie prises à
l'ennemi. et achevée le 15 août
1810. Le 17 mai 1871, au moment de la Commune,
la colonne de 44 m de haut fut abattue à
l'instigation du peintre Gustave Courbet
qui présidait alors la commission
des Beaux-Arts en mai 1872 ; l'Assemblée
nationale décida le rétablissement
de la colonne aux frais du peintre, ce qui
entraîna sa ruine! Cette ancienne
place royale au cœur d'un quartier
aristocratique où règnent
bijoutiers et joailliers a subi une restauration
à partir de 1992 lui permettant de
retrouver tout son faste et sa splendeur
avec son pavage de granit clair et ses candélabres
magnifiant des hôtels luxueux du XVIIIème
siècle, dont le Ritz installé
là depuis 1898.
Au jeu du Monopoly, la rue de la Paix est
la plus chère de Paris. Percée
en 1806 pour relier la place Vendôme
à l'Opéra, l'ancienne rue
Napoléon est toujours bordée
de boutiques luxueuses où domine
le commerce des bijoux et de la joaillerie.
C'est au n° 14 du boulevard des
Capucines, dans le salon indien du Grand
Café, que se déroulèrent,
le 28 décembre 1985, les premières
représentations cinématographiques
desfrères Lumière : une dizaine
de films de 1 à 2 minutes chacun,
dont la célèbre Sortie
des usines Lumière à Lyon.
Mais, pour ce qui allait devenir un art
majeur du XXème siècle, les
débuts furent loin d'être fracassants,
pas un journaliste ne s'était déplacé
et aucun grand journal quotidien du lendemain
ne relata la première séance
de l'histoire du cinéma !
À l'origine des grands boulevards,
la décision prise en 1670 par Louis
XIV de transformer l'ancienne enceinte
de Charles
V en promenade publique. De larges artères
se succèdent ainsi sur 4,5 km, de
la Madeleine à la Bastille. Promenade
en vogue dès le XVIIIème siècle,
celles des Capucines, des Italiens, de Montmartre,
de Poissonnière et de Bonne-Nouvelle
connaissent encore de nos jours une certaine
animation, grâce aux nombreux cafés,
théâtres, music-halls et boutiques.
L'épopée des grands magasins
parisiens commence sous le second Empire,
au moment où la société
se transforme. La population s'accroît
rapidement, la révolution industrielle
est en route et de nouvelles méthodes
de vente sont proposées. C'est Aristide
Boucicaut qui lance en 1852 le premier grand
magasin parisien, rue de Sèvres,
sur la rive gauche ; c'est le Bon Marché
que Zola prendra comme modèle pour
son roman Au Bonheur des Dames. Mais
de la glorieuse époque passée,
ne subsistent plus que cinq noms, connus
de tous : le Bon Marché, la Samaritaine,
le Bazar de l'Hôtel-de- Ville, les
Galeries Lafayette et le Printemps.
Disparus les Grands Magasins du Louvre,
la Belle Jardinière ou les Trois
Quartiers,
Monuments historiques parisiens, les grands
magasins survivent malgré
tout et tant bien que mal ; la concurrence
est rude et les temples de la consommation
se dressent désormais en grande banlieue,
dans de vastes centres commerciaux où
s'agrègent de sinistres entrepôts
standardisés qui ont la chance de
disposer de parkings
s'étendant à perte de vue.