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LA
MONTAGNE SAINTE-GENEVIÈVE - LES ARÈNES
DE LUTÈCE
À l'origine, la montagne Sainte-Geneviève
fut le site de la ville romaine qui se créa
face à la ville gauloise de l'île
de la Cité. Plus tard, les champs
et les vignes cédèrent le
pas à une urbanisation organisée
autour des abbayes (abbaye Sainte-Geneviève)
mais, surtout, des écoles et des
universités.
Entre la gare d'Austerlitz et le Jardin
des Plantes, la vaste place Valhubert a
été aménagée
sous l'Empire et baptisée du nom
d'un général tué au
cours de la bataille d'Austerlitz le 2 décembre
1805. La rue Buffon longe le Jardin des
Plantes. L'Institut musulman a été
élevé entre 1922 et 1926 en
souvenir du sacrifice des Musulmans nord-africains
lors de la Première Guerre mondiale.
Cet ensemble de style hispano-mauresque
regroupe trois parties organisées
autour de patios et de jardins : la partie
religieuse avec la mosquée dominée
par son minaret haut de 33 m, la partie
culturelle (salle de conférence et
bibliothèque) et la partie commerciale
avec son café, son restaurant et
son hammam. Une petite pause s'impose auprès
du saule et de la fontaine du square Robert
Montagne (éminent islamologue) de
la charmante place du Puits-de-l'Ermite.
À l'entrée de la rue Mouffetard,
l'église Saint-Médard a remplacé
depuis le XVème siècle un
édifice aux lointaines origines,
église d'un bourg champêtre.
Elle s'impose aujourd'hui dans un petit
square, jadis site d'un cimetière.
Saint-Médard mélange principalement
les styles flamboyant (façade) et
Renaissance (chapelles intérieures).
Les réaménagements haussmanniens
ont épargné ce flanc de la
montagne Sainte-Geneviève et la rue
Mouffetard, une des plus vieilles rues de
Paris, continue à grimper jusqu'à
la place de la Contrescarpe. Mais le quartier
populaire, voire misérable, de la
Mouffe n'est plus ce qu'il était
: il y a eu beaucoup de rénovations,
de réhabilitations et de restaurations
plus ou moins judicieuses et un petit commerce
exploite pleinement le cachet indéniable
qui est encore attaché à ces
lieux. La place de la Contrescarpe conserve
son charme pittoresque malgré tout,
même si son animation a évolué
: créée en 1852 à l'emplacement
d'une des portes de l'enceinte de Charles
V (porte Bordelles), cette place était
jadis le lieu de rassemblement des clochards
dans un quartier où l'on trouvait
sans peine les cabarets les plus louches.
Le vaste et très renommé lycée
Henri-IV occupe l'emplacement de l'ancienne
abbaye Sainte-Geneviève : la tour
de Clovis, avec sa base romane (XIème
siècle) et ses étages gothiques
(XVème siècle), est l'unique
vestige de l'église abbatiale détruite
en 1807. Quant à la chapelle du lycée,
elle est installée dans l'ancien
réfectoire du XIIIème siècle
(à voir depuis la rue Clotilde).
L'actuelle église Saint-Étienne-du-Mont
a été construite entre 1492
et 1626 et mélange singulièrement
gothique flamboyant et Renaissance : en
témoigne l'aspect surprenant de la
façade, dont la première pierre
fut posée par la reine Margot le
2 août 1610, avec sa superposition
de trois frontons. Saint-Étienne-du-Mont
est connue pour abriter le dernier jubé
parisien (tribune entre la nef et le chœur),
magnifique ouvrage réalisé
entre 1521 et 1545, et la splendide chapelle
dédiée à sainte Geneviève,
aménagée depuis 1803 et embellie
au fil du XIXème siècle. On
y voit aussi la chapelle absidiale dédiée
à la Vierge Marie où reposent
Jean Racine (mort en 1699, transféré
ici en 1711) et Blaise Pascal (décédé
le 19 août 1662). On peut enfin y
visiter le cloître (1605) avec sa
belle série de vitraux, entourant
initialement un petit cimetière où
furent inhumés Mirabeau (1793) et
Marat (1795), anciens «grands hommes»
évincés du Panthéon
voisin! L'église fut restaurée
entre 1861 et 1868 par Victor Baltard, l'architecte
des Halles. Créée par la Convention
le 11 mars 1794, l'école Polytechnique
fut installée dans un premier temps
au Palais-Bourbon puis à cet endroit
dès 1805, sur l'emplacement de trois
collèges, dont celui de Navarre,
fondé en 1304 et qui compta parmi
ses élèves les plus brillants
Bossuet et Richelieu. L'illustre école
a déménagé à
Palaiseau en 1977. Les lieux furent affectés
à partir de 1981 au ministère
de la Recherche.
Il est possible de visiter le Jardin carré
avec ses paulownias plantés par Napoléon
1er.
Le musée de la Préfecture
de police, créé en 1909 par
le préfet Lépine, est désormais
situé dans les locaux du centre de
police du Vème
arrondissement, 1 bis, rue des Carmes,
au deuxième étage (accès
gratuit). Une salle de 520 m² présente
plus de 2 000 documents évoquant
l'histoire de la police parisienne du XVIIème
siècle à nos jours : on peut
y voir, entre autres, l'écrou de
Ravaillac du 16 mai 1610, les ordres d'arrestation
de Beaumarchais, Lavoisier, Danton ou Charlotte
Corday, le décret de la Convention
du 11 décembre 1792 ordonnant la
comparution de Louis
XVI, une reproduction de l'étonnante
machine infernale utilisée par Fieschi
lors d'un attentat contre Louis-Philippe
le 28 juillet 1835, ou la naissance de la
police scientifique, grâce à
Alphonse Bertillon, inventeur de l'anthropométrie.
L'église Saint-Julien-le-Pauvre a
été bâtie entre 1170
et 1220 par les moines clunisiens sur l'emplacement
d'un hospice puis d'un premier sanctuaire
voué aux pèlerins en route
pour Saint-Jacques-de-Compostelle. Cette
petite église, quasi rurale, a été
remaniée au cours du XVIIème
siècle (façade) et affectée
depuis 1889 au rite catholique grec melkite
: à l'intérieur, l'iconostase
(cloison de bois enluminé) sépare
la nef du sanctuaire. L'église abrite
aussi de remarquables chapiteaux.
Le petit square René-Viviani a été
aménagé en 1928 en lieu et
place d'une annexe de l'Hôtel-Dieu
détruite en 1909. Il est connu pour
receler le fameux robinier planté
en 1601 par Robin (d'où son nom),
ce qui en fait le plus vieil arbre de Paris
(hauteur : 15 m ; circonférence :
3,50 m) : le vénérable aïeul
trône parmi quelques arbres remarquables
dont un pterocarya.
La rue de Bièvre existe depuis 1250
et cet ancien chemin, qui longeait un canal
de dérivation destiné à
mener l'eau de la Bièvre aux jardins
de Saint-Victor, était jadis un haut
lieu du pavé pour les clochards,
les ivrognes et autres marginaux. Depuis,
elle s'est embourgeoisée. Son habitant
le plus illustre fut longtemps François
Mitterrand.
L'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet
est chargée du souvenir du peintre
royal Charles Le Brun : il en fut le plus
fervent paroissien, un de ses architectes
et décorateurs et l'hôte le
plus illustre (tombeau réalisé
en 1690 par Coysevox). Si la première
pierre de l'édifice actuel fut posée
en 1656, il faudra attendre l'organisation
de loteries au cours du XVIIIème
siècle pour en achever la construction,
la façade classique n'ayant été
élevée qu'en 1934.
Le square Paul-Langevin a été
dessiné en 1868 et abrite quelques
curiosités tels le socle de la statue
de Voltaire, fondue sous l'Occupation, une
fontaine placée là en 1875
et une statue du poète maudit François
Villon qui arpentait jadis les lieux à
la recherche de l'inspiration...
Sophoras, catalpas, érables sycomores
et un févier d'Amérique agrémentent
ce square.
C'est en perçant la rue Monge, en
1869, que l'on redécouvrit les arènes
de Lutèce, monument gallo-romain
de la fin du 1er siècle, détruit
par les Barbares en 280. Elles pouvaient
accueillir jusqu'à 15 000 personnes
pour assister à des spectacles ou
à des combats. Sauvées de
justesse en 1883 du projet de la compagnie
des Omnibus qui voulait y installer son
dépôt, grâce à
un comité dirigé par Victor
Hugo en personne, exhumées progressivement
jusqu'en 1918 mais abusivement restaurées,
les arènes de Lutèce sont
devenues un agréable lieu de détente
pour les Parisiens. Elles occupent un square
où se dressent quelques arbres remarquables
tels un faux de Verzy tourmenté,
un magnifique olivier de Bohême ou
un micocoulier de Provence.
On ne peut pas ne pas voir la Faculté
des sciences de Jussieu, édifiée
à partir de 1958 sur l'emplacement
de l'ancienne abbaye Saint-Victor, elle-même
remplacée dès 1812 par la
halle aux vins. Ce site de 14 ha couvert
de bâtiments dont l'esthétique
présente peu d'intérêt
est dominé par la tour Zamansky,
élevée en 1970.
Rue de Jussieu, on peut visiter la collection
de minéraux entamée en 1819,
implantée à la Sorbonne jusqu'en
1970 et constituée de 2 000 échantillons
de roches et de minéraux.
L'Institut du monde arabe est né
en 1980 à l'initiative de la France
et de dix-neuf États arabes, auxquels
s'est ajoutée la Libye en 1984, afin
de mieux faire connaître la civilisation
musulmane tout en développant les
échanges entre les cultures occidentales
et orientales. Le superbe bâtiment
a été construit en 1987 par
Jean Nouvel, Pierre Soria et Gilbert Lézénès
et il est renommé pour son étonnante
façade sud avec ses deux cent quarante
panneaux d'aluminium dotés de 27
000 diaphragmes qui s'ouvrent ou se ferment
selon la luminosité. Sur 26 900 m²',
l'Institut propose au public un musée
sur trois niveaux où est évoquée
l'histoire de la civilisation arabe depuis
la Préhistoire, un auditorium de
360 places, une bibliothèque et un
restaurant situé au demier étage,
d'où la vue sur Paris est remarquable.
À l'époque où l'on
élabora de grands projets destinés
à résoudre les problèmes
de la circulation parisienne, on avait songé
à créer une voie express rive
gauche à l'image de la voie Georges
Pompidou. L'idée fut abandonnée
dès 1974. Entre 1975 et 1980, le
jardin Tino Rossi a été aménagé
sur l'emplacement du port Saint-Bernard.
Au cours de l'automne 1980, la Ville de
Paris décida d'installer sur cette
superficie de 4 000 m², le long d'une
promenade de près de 800 m entre
les ponts de Sully et d'Austerlitz, un musée
de sculpture moderne en plein air regroupant
des œuvres de César, Brancusi,
Stahly, Zadkine, entre autres. Malheureusement,
certaines statues ne sont pas identifiables
et d'autres ont été vandalisées.
Ce lieu n'en reste pas moins un endroit
méconnu et qui ne manque pas de charme.