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» QUARTIER MONTPARNASSE

Il est bien révolu le temps où Montparnasse, ancien bout de campagne à l'orée de Paris, était un lieu prisé des fêtards et de la bohème intellectuelle et artistique: ce secteur a été sagement réaménagé après la Seconde Guerre mondiale pour constituer un nouveau pôle actif sur la rive gauche.
Construite entre 1969 et 1973, la tour Montparnasse a fini par inscrire ses parois de verre et d'aluminium, ses 210 m de haut et ses 58 niveaux dans le paysage parisien après bien des critiques. Le panorama sur la capitale est, bien entendu, exceptionnel depuis le 56ème étage (bar panoramique) et encore plus vertigineux en accédant au toit lui-même.
C'est autour de l'atelier qu'il occupa à partir de 1885 que s'est créé le musée dédié au sculpteur Antoine Bourdelle (1861-1929), inauguré en 1949, réaménagé dans les années soixante puis en 1992 par Christian de Portzampac. Il offre au visiteur le plaisir de redécouvrir un sculpteur majeur du XIXème siècle, qui souffrit longtemps de sa réputation d'artiste «officiel», par le biais de plus 500 plâtres, marbres et bronzes, comme de multiples peintures ou aquarelles. Le musée de la Poste est une institution : créé en 1946, installé dans ses locaux actuels depuis 1973 et réaménagé récemment, il évoque l'histoire de la Poste et celle du timbre depuis 1849. Il s'adresse autant au philatéliste (présentation de tous les timbres émis depuis sa création), qu'à l'historien ou l'amateur d'art : Braque, Dali ou Folon ont fait bénéficier la Poste de leurs talents...
À l'origine, la gare Montparnasse, inaugurée en 1852, se dressait sur l'emplacement de l'actuelle place du 18-Juin-1940. Elle était entrée dans les annales de l'histoire, grâce au spectaculaire accident du 22 octobre 1895 : un train fou percuta les butoirs et défonça la verrière pour finir sa course sur un kiosque à journaux...
Elle disparut lors de la réalisation du programme Maine - Montparnasse : la nouvelle gare fut inaugurée en 1974 et réaménagée depuis, entre 1987 et 1994. Cette année-là étaient ouverts le musée Jean-Moulin, évoquant la vie et l'action de l'illustre Résistant (1899-1943), et le mémorial du Maréchal-Leclerc et de la Libération de Paris.
Le Jardin Atlantique est le résultat des aménagements des années quatre-vingt-dix : cette remarquable création sur dalle de 3,5 ha perchée à 18 m au-dessus des voies ferrées du TGV est une prouesse due aux paysagistes François Brun et Michel Péna. Ce havre de verdure s'ordonne autour d'une pelouse, d'une allée centrale où les arbres européens s'opposent aux arbres américains, de jardins thématiques reliés par des passerelles, d'une île métérologique (fontaine de l'île des Hespérides), etc. Au gré des promenades dans les salles de verdure et les petits jardins, on rencontre des fougères, des pervenches, des saules pleureurs, l'angélique de Chine, des géraniums plus banals...
Après Maine - Montparnasse, réaménagé à partir de 1969, ce fut au tour de la zone Guilleminot - Vercingétorix, quartier de Plaisance, de subir une vaste opération de réaménagement urbain au cours des années quatre- vingts. La place de la Catalogne se dessine autour du Creuset du temps, sculpture fontaine de Shamaï Haber. Les Échelles du baroque sont deux œuvres de l'architecte espagnol Ricardo Bofill datées de 1983 : les Colonnes et l'Amphithéâtre sont reliées par une façade semi-circulaire.
Notre-Dame-du-Travail a été édifiée entre 1898 et 1901 par Jules Astruc, grâce à une souscription populaire. Elle doit son originalité majeure à sa structure métallique aussi peu onéreuse que symbolique pour un édifice élevé dans un quartier jadis ouvrier. Sa façade est en calcaire de Bourgogne. Des moellons, issus de l'exposition de 1900, furent utilisés pour élever les façades latérales.
Loin de posséder le charme romantique du Père-Lachaise, le cimetière de Montparnasse mérite cependant un détour, et permet de se recueillir sur les tombes des nombreux artistes ou personnalités enterrés ici. Le 25 juillet 1824 eut lieu la première inhumation dans ce nouveau cimetière de 10 ha créé par la municipalité sur l'emplacement du domaine des religieux de la Charité dont subsitent les vestiges d'un moulin du XVIIème siècle. Sa superficie est presque doublée entre 1847 et 1891, date de la création de la rue Émile Richard, la rue parisienne la plus tranquille (personne n'y habite) qui sépare le petit et le grand cimetière. On peut parcourir au gré de ses envies les 18 ha de cette nécropole dominée par la tour Montparnasse et découvrir la tombe discrète de Jean Carmet ou la sépulture de Serge Gainsbourg que les fans respectueux ornent de mégots de cigarettes et
de tickets de métro. On peut rendre hommage ensuite à Samuel Beckett et à l'immortel créateur d'Arsène Lupin, Maurice Leblanc.
Dans le petit cimetière, passés le monument des Fédérés et le caveau de l'industriel André Citroën, une allée bordée de jolies tombes, dont l'étonnante représentation de Charles Pigeon et de sa femme, nous conduit au Baiser, une œuvre que Brancusi réalisa en 1910 à la mémoire d'une amie qui s'était suicidée. Mais il faut un solide sens de l'orientation pour retrouver la tombe de Guy de Maupassant, avant de revenir dans le grand cimetière. On peut voir ensuite Camille Saint-Saëns. Constantin Brancusi et l'émouvante sépulture de l'actrice Jean Seberg, immortalisée par Godard dans A bout de souffle. Non loin de là, Henri Langlois repose sous un monument dédié à son unique passion : le cinéma. Viennent ensuite l'aviatrice Maryse Bastié, Eugène Ionesco et bien d'autres tombes avant d'arriver à celle de Jean Poiret, comédien partenaire jadis de Michel Serrault, auteur de théâtre reconnu à la fin de sa carrière (la Cage aux folles). On poursuit son chemin jusqu'à la tombe de Baudelaire, l'immortel poète des Fleurs du mal. De l'autre côté de l'allée, la tombe discrète de Delphine Seyrig, à l'image de cette comédienne fine et sensible.
Plus loin, repose l'écrivain et humoriste Topor.
Avant de quitter le cimetière, un arrêt s'impose devant la sépulture de Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, un couple qui marqua profondément le XXème siècle. On peut toutefois s'attarder encore dans ce lieu paisible : la chanteuse Mireille, les peintres Soutine et Fantin-Latour, les sculpteurs César, Belmondo, Zadkine, Bourdelle et Bartholdi, les cinéastes Jacques Demy et Jacques Becker, les comédiens Marcel Bozzufi et Jean-Claude Pascal, l'écrivain dadaïste Tzara, le philosophe Cioran et l'architecte du second Empire Gabriel Davioud figurent parmi ses hôtes les plus prestigieux.
La statue de Balzac qui s'élève au carrefour Vavin est une œuvre de Rodin qui fut édifiée non sans mal à cette place en 1939 : exposée au Salon de 1898, elle choqua tant les bien-pensants, outrés de voir représenter le grand écrivain en robe de chambre, que son installation fut longtemps différée...
Au début du XXème siècle, artistes peintres, musiciens, écrivains et poètes (les Montparnos) établissent leurs quartiers sur la rive gauche avant de livrer leurs lettres de noblesse aux cafés mythiques du grand boulevard : au début, on pouvait croiser Verlaine, Oscar Wilde ou Paul Fort à la Closerie des Lilas, mais l'établissement perdit de son prestige dans les années vingt au profit des cafés du carrefour Vavin, le Dôme, la Rotonde et la Coupole.
Au cours de l'entre-deux-guerres, les anciens de Montmartre investirent les lieux : Picasso, Max Jacob et, surtout, Modigliani. La Rotonde était le fief de Cendrars, Modigliani, Soutine et Foujita et on y vit même Trotski et Lénine refaire le monde.
La Coupole, ouverte le 20 décembre 1927, a été entièrement restaurée en 1988 : on peut y voir les 33 piliers et pilastres peints par les peintres les plus prestigieux. Cette brasserie fut aussi le repaire de Faulkner, Man Ray, Sartre ou Beckett.
À l'angle de la rue Montparnasse, l'église Notre-Dame-des-Champs a été construite de 1867 à 1876 par Girain dans un style pastichant le roman en pierre calcaire issue de Clamart.
La rue de la Gaîté est la plus «chaude» et la plus populaire de Montparnasse, avec ses cabarets, ses théâtres, ses cafés et ses sex-shops... Cette vocation date du XVIIIème siècle, époque où s'installent les premières guinguettes. Mais la rue n'est pas vouée à la seule gaudriole : on passe devant le théâtre Rive-Gauche (n° 6), la Comédie italienne (n° 17), Bobino (n° 20), fantôme du célèbre music-hall où Barbara, Brassens, Ferré et Claude Nougaro chantèrent jadis, le théâtre Montparnasse (n° 31), créé en 1819 puis rebâti en 1848, où débuta Frédérick Lemaître, l'un des acteurs les plus célèbres du XIXème siècle, et enfin le petit théâtre de la Gaîté Montparnasse (n° 26), créé en 1868...

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